À l'heure où des partis se réclamant du communisme ont le vent en poupe chez nous – le PTB en Belgique, LFI en France - ses détracteurs qui dénoncent les millions de crimes commis au nom de cette doctrine déplorent l'ignorance de ses actuels adeptes.
De nombreux footballeurs des pays de l'Est en ont notamment été victimes, ainsi que le raconte historien du sport Frédérik Legat dans un de ses livres, Destins Maudits du football (x) .
Sandor Szücz, défenseur international et capitaine d'Ujpest qui allait remporter trois titres d'affilée (1945, 1946 et 1947) après son arrivée en provenance du Szolnoki MAV, en 1944, en est un des tragiques héros.
L'amour l'a perdu
Officier de police comme la plupart des joueurs du club, un emploi plus ou moins fictif pour contourner l'interdiction du professionnalisme, Szücz a en effet commis deux "crimes" contre les lois pas toujours écrites du pays dirigé d'une main de fer par le tout puissant secrétaire général du Parti communiste hongrois Matias Rakozi.
Le premier, c'est alors qu'il est marié et père de deux enfants, de tomber amoureux de la chanteuse de jazz et actrice Erzsébet, dite Erzsi, Kovacs.
Un secret impossible à cacher très longtemps, dont la révélation provoque un immense scandale.
Ce qui va ensuite perdre les deux tourtereaux est que placés devant le diktat de mettre immédiatement fin à leur relation, ils décident la fuite, un crime encore plus grave.
Trahis par leur faux passeur, en réalité un agent de la police secrète, il subissent de violents interrogatoires durant deux mois, avant l'ouverture de leur procès en mai 1951.
Même Puskas n'a pas obtenu sa grâce !
En tant que militaire ayant illégalement tenté de franchir la frontière, Sandor Szücz est passible de prison à vie ou même de peine capitale, mais se croit peut-être à tort protégé par l'absence de parution de cette loi dans le Magyar Közlöny, le "Moniteur" hongrois.
Relativement confiant quant au verdict, il est condamné... à mort (!) et – secrètement - pendu le 4 juin 1951 malgré les interventions en sa faveur de Ferenc Puskas et d'autres grands noms du fameux "onze d'or hongrois" de l'époque, dont il avait fait partie à dix-neuf reprises.
Il avait 29 ans !
Réhabilité sur le tard
Il a fallu attendre la chute du mur de Berlin pour voir Szücz réhabilité et nommé lieutenant-colonel à titre posthume en 1991. Une école de Budapest située dans le quartier d'Ujpest porte même son nom.
Erzsi Kovacs, condamnée à quatre ans de prison et cinq ans d'interdiction de toute activité artististique, qui allait décéder à l'âge de 85 ans le 6 avril 2024., a pour sa part été décorée de l'ordre du mérite de la République de Hongrie.
Elle avait repris sa carrière de chanteuse et d'actrice poursuivie en Allemagne à partir de 1964
(x) Destins Maudits du football, par Frédérik Legat, Éditions Spinelle, 235 pages.
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