Le retour de Lukaku se fait immédiatement ressentir chez les Diables Rouges. Il veut jouer, Garcia veut l'avoir avec lui. Seulement, la immense faim de « Big Rom » place le sélectionneur national dans une position particulièrement délicate.
Rudi Garcia n'a jamais mâché ses mots : si Romelu Lukaku est un tant soit peu disponible, il doit être dans la sélection belge. Les Diables Rouges ont d'autres attaquants, mais ils n'ont pas d'autre Lukaku. Charles De Ketelaere peut endosser ce rôle. Matias Fernandez-Pardo apporte de la profondeur et de la vitesse. Doku, Trossard et Lukebakio peuvent forcer la décision. Mais un véritable numéro neuf qui pèse sur la défense, dicte les duels et se comporte en tueur dans les seize mètres, il n'y a que Lukaku.
Garcia l'avait d'ailleurs déjà souligné lors de l'annonce de sa sélection pour la Coupe du Monde : « Il n'y a qu'un seul Romelu Lukaku au monde ». Le sélectionneur l'a qualifié à la fois de meilleur attaquant belge de tous les temps et de leader de groupe. C'est pourquoi sa sélection n'a jamais vraiment fait débat. Sauf que la différence entre « être nécessaire » et « être totalement prêt » est immense. Lukaku n'a pratiquement pas joué avec Naples cette saison en raison de blessures et manque, par conséquent, de rythme de match.
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De Ketelaere et Fernandez-Pardo, ce n'est pas LukakuLa Belgique peut certes débuter sans Lukaku, mais ce n'est jamais tout à fait la même chose sans lui. C'est ce qu'a résumé Gilles Mbiye-Beya dans les colonnes de HUMO : De Ketelaere et Fernandez-Pardo peuvent aider, mais ils n'offrent pas le même sentiment de sécurité que Lukaku. Il reste l'attaquant numéro un de la Belgique. Dans ce même magazine, Frank Raes a rappelé l'épisode du Qatar : même quand Lukaku pouvait à peine marcher, l'équipe tournait immédiatement mieux dès sa montée au jeu. La Belgique ne peut prendre aucun risque avec lui, tout en sachant que même un Lukaku limité apporte quelque chose que les autres n'ont pas.
Garcia fait donc face à une mission particulièrement complexe. Il doit remettre Lukaku d'aplomb, mais le sélectionneur doit aussi freiner son attaquant. Et ce, face à un joueur qui a toujours soif de plus. Lundi à Rijeka, Garcia a envoyé des signaux d'une clarté frappante. Il a vu un attaquant qui paraissait en bien meilleure forme que prévu, mais aussi un joueur qu'il faut temporiser. « Romelu est plus motivé que jamais », a déclaré le sélectionneur. Dans Het Laatste Nieuws, on pouvait même lire que Garcia n'avait jamais vu quelqu'un d'aussi motivé. À l'entraînement, Lukaku a d'ailleurs fait ce qu'il a toujours fait : marquer.
C'est une bonne nouvelle pour la Belgique, mais cela ne simplifie en rien la situation. Lukaku veut aller de l'avant, enchaîner les minutes, retrouver du rythme et effacer une bonne fois pour toutes le goût amer du Mondial au Qatar. C'est ce joueur-là que Garcia doit parvenir à tempérer. Le sélectionneur l'a dit lui-même : Lukaku ne doit pas brûler les étapes. Son corps doit se réhabituer à l'effort. Aller trop vite comporterait des risques. Car la Belgique a besoin de Lukaku, mais pas seulement pour une montée au jeu. Les Diables Rouges ont besoin de lui sur plusieurs semaines, tout au long de cette campagne de Coupe du Monde.
Page sombre au Qatar
Le Mondial 2022 au Qatar montre exactement pourquoi Lukaku ne doit pas répéter la même erreur. À l'époque, il avait vécu la page la plus sombre de sa carrière internationale en manquant une énorme occasion face à la Croatie en phase de groupes. Lukaku revenait de blessure, s'est procuré des occasions, les a ratées, avant de passer sa frustration sur le banc de touche. Plus tard, il a admis lui-même qu'il n'était pas là où il aurait dû être. Il voulait sauver son pays, mais son corps n'était pas prêt.
C'est un élément crucial, car la Belgique est aujourd'hui confrontée à la même tentation. Tout le monde sait ce qu'un Lukaku en forme est capable de faire. Tout le monde voit à l'entraînement qu'il a faim de ballons. Tout le monde sent qu'une seule de ses actions peut faire basculer un match. Mais le Qatar a aussi prouvé que son nom, son caractère et sa volonté ne suffisent pas si son physique ne suit pas à 100 %. Lukaku doit maintenant surtout prouver qu'il peut à nouveau digérer du temps de jeu, récupérer, s'entraîner et rejouer. C'est à cette seule condition qu'il redeviendra une arme fatale pour la Belgique.
Les prochains jours feront donc office de test pour Garcia. Il sait depuis longtemps que Lukaku est indispensable aux Diables Rouges. Et il sait que Lukaku trépigne d'impatience à l'idée d'être à nouveau décisif pour l'équipe nationale. Le vrai test sera de savoir si Garcia osera se montrer assez strict lorsque Lukaku en demandera plus que ce que la raison n'autorise. Le plan le plus logique reste une entrée en jeu contre la Croatie, peut-être un peu plus de minutes face à la Tunisie, avant de monter en puissance pour la phase de poules. À l'heure actuelle, Lukaku est donc à la fois le plus grand espoir et le plus grand casse-tête des Diables Rouges.