Youri Tielemans entame l'ère Mark van Bommel avec une question délicate au-dessus de la tête. La première sélection du nouveau sélectionneur approche à grands pas, mais le flou persiste concernant le brassard de capitaine. Une seule décision pourrait rebattre complètement les cartes quant au statut de Tielemans chez les Diables Rouges.
Depuis le 15 août, Mark van Bommel est officiellement le sélectionneur des Diables Rouges. Le 25 septembre contre l'Italie, il dirigera son tout premier match officiel. S'enchaîneront ensuite en à peine dix jours deux confrontations face à la France et un duel contre la Turquie.
Van Bommel ne doit pas seulement composer sa première sélection : la hiérarchie au sein du groupe est elle aussi entièrement remise sur la table. Le Néerlandais n'est nullement lié aux arbitrages passés de Rudi Garcia. Cela vaut pour son onze de base, le conseil des joueurs et, par conséquent, pour le brassard de capitaine détenu par Youri Tielemans.
En septembre 2025, Garcia avait fait de Tielemans son capitaine titulaire. Le Français avait auparavant fait tourner le brassard entre plusieurs cadres expérimentés, avant de trancher en faveur de Tielemans au détriment, entre autres, de Kevin De Bruyne, Romelu Lukaku et Thibaut Courtois.
Une unanimité au sein du groupe
« Il entretient de bonnes relations avec tout le monde et fait l'unanimité au sein du groupe », déclarait Garcia à l'époque. Plus tard, le technicien allait même encore plus loin : « Je me félicite chaque jour d'avoir fait de lui mon capitaine », confiait-il dans les colonnes de Het Laatste Nieuws.
Ce choix n'a toutefois plus rien de définitif. Garcia parti, Van Bommel doit déterminer lui-même qui sera son relais privilégié sur le terrain. Tant qu'il n'aura pas officiellement confirmé Tielemans dans ce rôle, un désaveu particulièrement douloureux reste sur la table.
La Coupe du Monde a mis en lumière le problème Tielemans
Le Mondial réalisé par Tielemans fournit à Van Bommel suffisamment de raisons pour, au minimum, ouvrir le débat. Bien qu'il ait accumulé cinq titularisations et 475 minutes de jeu, son tournoi a présenté deux visages diamétralement opposés.
Lors de la phase de poules, le milieu de terrain est trop souvent resté dans l'ombre. Durant la première heure de jeu face au Sénégal, il a également éprouvé de grandes difficultés dans son rôle de régulateur. Il a perdu des ballons, a peiné à trouver des solutions sous pression et s'est accroché ouvertement avec Leandro Trossard.
L'altercation a pris une telle ampleur que Nicolas Raskin et Romelu Lukaku ont dû s'interposer pour séparer les deux hommes. Une image bien malencontreuse pour le capitaine d'une équipe alors au bord de l'élimination. L'incident a offert de précieux arguments à ses détracteurs pour remettre ouvertement son leadership en question.
Le déclic face au Sénégal et la renaissance à Manchester
Mais c'est à ce moment précis que tout a basculé. Tielemans s'est arraché pour revenir dans le match, a inscrit le but égalisateur et a converti le penalty décisif à la 125e minute. Un quart d'heure seulement après s'être emporté contre ses coéquipiers, il a assumé toutes ses responsabilités.
Cette remontada folle n'a pas effacé ses prestations plus ternes du début de compétition. Son Mondial aura été en montagnes russes, mais nullement dénué de leadership. Soutenir que Tielemans a échoué dans son rôle de capitaine serait dès lors un raccourci bien trop facile.
En parallèle, sa situation actuelle à Manchester United joue nettement en sa faveur. Transféré cet été à Old Trafford, le Belge s'est immédiatement vu confier un rôle majeur au milieu de terrain, figurant une nouvelle fois dans le onze de départ ce dimanche face à Everton.
Un capitaine indiscutable chez les Diables Rouges doit également bénéficier d'un temps de jeu conséquent en club. À 29 ans, Tielemans traverse la meilleure période de sa carrière et tout indique qu'il a été recruté par Manchester United pour y jouer un rôle de premier plan.
Van Bommel aura bien du mal à écarter son capitaine alors que celui-ci enchaîne les titularisations chaque semaine au plus haut niveau. Tielemans dispose en outre d'une expérience internationale sans commun mesure avec celle des jeunes milieux de terrain qui ont émergé au sein de la sélection ces derniers mois.
L'atout majeur de Tielemans : son rôle de patron dans le vestiaire
Le meilleur argument en faveur de Tielemans ne réside pas sur le terrain, mais dans le vestiaire. Il siège au conseil des joueurs aux côtés de De Bruyne, Lukaku, Courtois et Thomas Meunier. On y traite non seulement des aspects sportifs, mais aussi des primes, des journées réservées aux familles et de l'organisation pratique lors des grands tournois.
Après de mauvais résultats, c'est Tielemans qui monte au créneau face aux caméras. Lorsqu'il était blessé, il a fait le voyage jusqu'à Cardiff pour soutenir ses coéquipiers contre le Pays de Galles. Lors du retour de Courtois, il s'est assis à côté du portier en conférence de presse. Et dès qu'un flou persiste entre la fédération et le groupe, il prend personnellement en charge la communication.
« Je serai un relais entre le coach et le groupe », affirmait Tielemans lors de sa nomination dans Het Laatste Nieuws. Durant le Mondial, De Bruyne a lui-même confirmé que cette fonction dépassait largement le simple lancer de pièce : « Youri fait le lien entre les anciens et la nouvelle génération. Il remplit ce rôle à merveille. »
L'enlever du brassard dépasserait donc le cadre d'un simple choix sportif. En agissant ainsi, Van Bommel désavouerait une décision de Garcia tout en allant à l'encontre d'un choix largement soutenu par les cadres du vestiaire.
Le passé de Van Bommel plaide en faveur de Tielemans
En tant que joueur, Van Bommel était un milieu de terrain hargneux, jouant avec les limites, provoquant ses adversaires et ne fuyant jamais le combat. En tant qu'entraîneur, il n'hésite pas non plus à trancher dans le vif dès qu'il estime le calme du groupe menacé. À l'Antwerp, Michael Frey et Radja Nainggolan en ont fait les frais dès que la situation risquait de déraper.
Pourtant, à l'Antwerp, Van Bommel n'a pas opté pour une copie bruyante de lui-même pour porter le brassard. Son relais privilégié est devenu Toby Alderweireld : un joueur d'expérience, tactiquement irréprochable, respecté et d'un calme constant.
Un profil qui se rapproche de manière frappante de celui de Tielemans. Van Bommel ne cherche pas un joueur qui crie sans cesse ou tape du poing sur la table. Il veut un cadre capable de comprendre son plan de jeu, d'exprimer franchement les problèmes et d'entraîner le reste du groupe dans son sillage.
Tielemans parle aussi bien la langue de l'ancienne garde que celle de la nouvelle génération. Solide tactiquement, il communique de façon directe et ne fuit jamais ses responsabilités. Exactement les caractéristiques qui épousent l'équipe « disciplinée, ambitieuse et courageuse » promise par Van Bommel lors de sa présentation.
Les principaux candidats pour remplacer Tielemans présentent chacun leurs propres limites. Courtois possède le palmarès et l'autorité nécessaires, mais il a laissé planer le doute quant à son avenir en sélection nationale après la Coupe du Monde. Van Bommel a d'ailleurs annoncé qu'il souhaitait d'abord s'entretenir personnellement avec lui.
Un joueur susceptible de faire l'impasse sur certaines rencontres internationales peut difficilement devenir le capitaine incontesté d'un nouveau cycle. De Bruyne reste le nom le plus ronflant et avait récupéré le brassard contre l'Espagne lors de la sortie de Tielemans. Cependant, il a désormais 35 ans et Van Bommel doit déjà proprojeter son équipe vers l'Euro 2028. Concernant Lukaku, les mêmes interrogations se posent quant à l'âge et à la gestion de la charge physique.
Un statut préservé, mais sous pression
Van Bommel a théoriquement la possibilité de retirer le brassard à Tielemans, mais il lui manque pour l'instant une raison évidente de le faire. La Dernière Heure anticipait déjà que le milieu de terrain conserverait son rôle, même si aucune confirmation officielle n'a encore été formulée par le sélectionneur.
Tielemans se retrouve ainsi dans une position singulière : tout indique qu'il restera capitaine, mais il doit faire ses preuves à nouveau face à un entraîneur libre de tout engagement passé. Si Van Bommel venait malgré tout à faire un autre choix, ce ne serait pas seulement un coup dur sur le plan personnel pour le joueur, mais bien toute la hiérarchie au sein des Diables Rouges qui s'en trouverait immédiatement bouleversée.
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