Mark van Bommel a déjà été écarté à trois reprises lors de dossiers où Vincent Mannaert avait un rôle décisionnel important. Aujourd'hui, son nom refait surface du côté des Diables Rouges, faisant ressurgir un passé pour le moins douloureux.
« Van Bommel est clairement une option », affirme Niels Poissonnier, chef du football, dans le podcast HLN Voetbal. « Il ne sera pas le seul candidat, mais son nom va incontestablement revenir sur la table dans les prochaines semaines. En tant que Belgique, nous n'avons pas les moyens financiers d'attirer un entraîneur de classe mondiale européenne. C’est d'ailleurs pour cela que nous nous sommes tournés vers Rudi Garcia il y a deux ans. Nous devons cibler un profil bien précis, et Mark van Bommel fait partie de cette catégorie. »
Pourtant, Van Bommel traîne un passif marquant avec Mannaert. L’actuel directeur sportif de l'Union belge de football l’a déjà recalé à trois reprises au sens large : deux fois au Club de Bruges et une fois lors de la précédente recherche de sélectionneur national.
LIRE AUSSI: Diables Rouges: Garcia lâché par son vestiaire?
Recalé après ClementLa première fois remonte à janvier 2022. Bruges devait trouver en urgence un successeur à Philippe Clement, parti à l’AS Monaco. Si Mark van Bommel et Frank de Boer étaient alors pressentis, c'est finalement Alfred Schreuder qui a décroché le poste. L'explication donnée à l’époque par le quotidien Het Laatste Nieuws s'avère particulièrement intéressante au vu d’une potentielle collaboration future entre Mannaert et Van Bommel.
« Schreuder a été préféré à Mark van Bommel et Frank de Boer précisément pour ses traits de caractère. C’est un homme qui ne craint pas de rester dans l'ombre et laisse une marge de manœuvre respectable aux patrons, Bart Verhaeghe et Vincent Mannaert », écrivait le journal, soulignant pourquoi Schreuder correspondait mieux aux rapports de force de l'époque chez les Blauw en Zwart.
Moins enclin à s'imposer sur le devant de la scène, il laissait le champ libre à Verhaeghe et Mannaert. Van Bommel, lui, affichait un tout autre profil : plus loquace, plus dominant et désireux de garder le contrôle total sur le volet sportif. À l'époque, ce fort tempérament a été perçu comme un frein plutôt que comme un atout face au profil de Schreuder.
Et après Schreuder
Quelques mois plus tard, son nom est réapparu. Après avoir décroché le titre de champion, Schreuder est parti à l'Ajax et Bruges a dû se remettre en quête d'un entraîneur. À nouveau cité, Van Bommel a cette fois été écarté par le duo Verhaeghe-Mannaert au profit de Carl Hoefkens.
Le Club a alors privilégié la continuité en promouvant un technicien qui connaissait déjà le vestiaire et le fonctionnement interne. Pour la deuxième fois en l’espace de quelques mois, Van Bommel était recalé par Mannaert.
Cette décision a toutefois laissé un goût amer par la suite. Alors que Hoefkens ne tenait même pas une saison complète à Bruges, Van Bommel rejoignait l'Antwerp et réalisait un véritable hold-up sur le football belge. Dès sa première saison, il s'offrait le doublé Coupe-Championnat, avant de remporter la Supercoupe et de guider l'Antwerp vers la phase de groupes de la Ligue des Champions.
Et après Tedesco
Fin 2024, le nom de Van Bommel a resurgi une troisième fois lors d'une recherche menée par Mannaert. Domenico Tedesco était sur la sellette et le Néerlandais faisait figure de candidat naturel pour reprendre les rênes des Diables Rouges. Des contacts informels avaient même été évoqués par la presse, et Van Bommel lui-même se montrait intéressé par le défi.
Pourtant, Mannaert a fini par jeter son dévolu sur Rudi Garcia. Le schéma reste donc interpellant : chaque fois que Van Bommel s'est retrouvé sur la liste d'une recherche de coach où Mannaert avait son mot à dire, c'est un autre qui a été choisi (Schreuder, Hoefkens, puis Garcia).
Une nomination à la tête des Diables Rouges signifierait donc que Mannaert a, au moins partiellement, revu son jugement sur le technicien néerlandais.
Expériences ratées
Il faut dire que la situation a changé depuis janvier 2022. À l'époque, Van Bommel sortait d'expériences ratées au PSV et à Wolfsburg. Des doutes planaient sur sa communication, son besoin de contrôle et sa gestion de la critique en période de crise. Depuis, il a prouvé à l'Antwerp qu'il pouvait triompher dans un environnement extrêmement exigeant.
Il y a glané des trophées, soudé un vestiaire et résisté à la pression étouffante du Bosuil. De plus, le rôle de sélectionneur diffère de celui d'entraîneur de club. À Bruges, le coach devait collaborer quotidiennement avec Verhaeghe et Mannaert sur les transferts, les entraînements et la gestion du groupe. À la fédération, les rôles sont plus cloisonnés.
Mannaert définit la stratégie sportive globale, tandis que le sélectionneur gère ses listes, dirige les courts rassemblements et décide de son onze. Cela limite les occasions de friction quotidienne entre ces deux fortes personnalités. D'autant que Van Bommel et Mannaert partagent plus de points communs qu'on ne le pense : ils sont ambitieux, exigeants, axés sur les résultats et attendent des règles claires au sein de l'organisation.
Il prend de la place
Malgré tout, ce tempérament de leader qui rend Van Bommel si attractif peut aussi générer des tensions. Le Néerlandais exige de l'espace, de la confiance et le contrôle de son effectif.
Sa relation avec le propriétaire de l'Antwerp, Paul Gheysens, s’est d'ailleurs dégradée lorsque ce dernier a commencé à s’immiscer dans les décisions sportives. « Quand les choses vont mal, il faut savoir rester calme à tous les étages. Laisser chacun faire son travail, ne pas imposer de choix. À l'Antwerp, j'ai pu travailler ainsi durant une longue période, et regardez où cela nous a menés », confiait-il à la Gazet van Antwerpen.
Il a révélé plus tard qu'on lui dictait parfois quel joueur fraîchement recruté devait être aligné. Lassé, Van Bommel avait fini par démissionner. Il n'est pas le genre d'entraîneur à exécuter aveuglément les ordres d'en haut. De son côté, Mannaert n'est pas un directeur sportif passif ; il aime être proche du terrain, échanger avec les joueurs et orienter la trajectoire de l'équipe nationale. Une collaboration ne pourrait donc fonctionner qu'avec des règles du jeu extrêmement claires dès le départ.
Il veut commencer en été
L'autre interrogation réside dans la spécificité même du rôle de sélectionneur. Van Bommel a souvent répété qu’il préférait entamer un mandat dès la préparation estivale. « Quand on commence en été, on dispose de quatre à six semaines pour bien se préparer. Prendre un train en marche en cours de saison ne vous laisse parfois que quatre ou cinq jours avant le premier match, et tout s'enchaîne à un rythme fou », expliquait-il sur l'émission Goedemorgen Eredivisie d'ESPN.
Or, en équipe nationale, cette absence de temps est la norme. Un sélectionneur ne côtoie ses joueurs que quelques jours par rassemblement, doit convaincre immédiatement, puis reste des semaines sans contact direct avec son groupe. Pour un entraîneur habitué à peaufiner chaque détail au quotidien et à tout contrôler, la transition pourrait s'avérer délicate.