Romelu Lukaku veut jouer un rôle clé dans cette Coupe du monde. Son esprit veut foncer, mais son corps traîne encore le pas. Et c’est précisément ce dilemme qui place une véritable bombe sous les plans de Rudi Garcia.
Avec à peine 64 minutes de jeu disputées cette saison sous le maillot de Naples, Romelu Lukaku est arrivé en équipe nationale sans aucun rythme de compétition. Rudi Garcia ne pouvait pas se passer de lui, mais le sélectionneur sait aussi qu'il joue avec le feu s'il aligne son meilleur buteur trop rapidement. Dans les colonnes du Soir, Garcia s'est montré particulièrement limpide : « Je sais pertinemment qu’il accuse un gros retard physique », a-t-il déclaré. Même si la Belgique devait rester au Mondial jusqu'au 19 juillet, le technicien français juge « improbable » que Lukaku retrouve 100 % de ses capacités durant le tournoi. Mais pour Garcia, ce n'est pas forcément indispensable.
Si Lukaku n’atteint « que » 80 % de sa forme et parvient tout de même à marquer, comme face à la Croatie, cela pourrait déjà suffire aux Diables Rouges. Garcia a toutefois concédé que l'attaquant s'essoufflait actuellement très vite : « C’est normal », a-t-il tempéré. Le sélectionneur a néanmoins immédiatement enchaîné sur un autre aspect : « Je n’ai jamais vu un joueur aussi motivé que Romelu », a-t-il confié au Soir. Depuis ses entraînements individuels à Tubize jusqu’à aujourd’hui, Garcia affirme voir un joueur qui donne tout pour être prêt plus vite que prévu.
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LucideLukaku veut prouver qu’il reste le numéro 9 dont la Belgique a besoin, mais il semble conscient du chemin parcouru et du fait que sa situation est exceptionnelle. Après la rencontre face à la Tunisie, il s'est montré étonnamment lucide : « Je ne pensais pas que je saurais être patient, mais je ne me mets pas la pression », a confié Lukaku. « Je dois y aller étape par étape. Je suis déjà heureux d’être ici. » Il a également ajouté que « dans n’importe quel autre pays », il n’aurait probablement pas été sélectionné après seulement 64 minutes de jeu sur l'ensemble d'une saison.
Anthony Vanden Borre perçoit quant à lui l'autre facette de Lukaku, celle d'un joueur ambitieux et exigeant. Dans La Dernière Heure, il a affirmé que Romelu était le Diable Rouge qu'il avait le plus hâte de voir à l'œuvre. Pas Doku, mais bien Lukaku. « Tout le jeu offensif repose sur Romelu », a-t-il avancé. Selon Vanden Borre, Lukaku est redoutable lorsqu'il est revanchard, mais il devient encore plus dangereux lorsqu'il a "vraiment une revanche à prendre". C’est là que réside le danger. Vanden Borre a rappelé que l'attaquant n'avait inscrit qu'un seul but cette année en raison de ses blessures, mais selon lui, le buteur s'est avant tout programmé pour ce Mondial.
« Je pense que c'est un véritable objectif personnel, qu'il a placé la barre très, très haut », a-t-il expliqué dans La Dernière Heure. Un constat porteur d'espoir, mais qui corse la tâche de Garcia. Allez essayer de freiner un joueur qui considère ce Mondial comme son grand moment. Dans la même discussion, Alex Teklak a estimé que Garcia ne ménagerait pas Lukaku lors des matchs où sa présence n'est pas indispensable. Mais il a aussi posé la question qui résume tout : comment Romelu va-t-il réagir ? Sur ce point, Vanden Borre s'est montré tranchant : « Je pense qu'avec Romelu, c'est tout ou rien. » Selon lui, il faut « le jeter dans le grand bain », quitte à ce que cela tourne court.
Vanhaezebrouck sceptique
De son côté, Hein Vanhaezebrouck a calmé l'euphorie ambiante autour de Lukaku après le match contre la Croatie. Dans Het Nieuwsblad, il a affirmé que l'attaquant n'avait pas réalisé vingt minutes fantastiques : « Désolé, ce n’est pas vrai », a-t-il lâché. Vanhaezebrouck s'est réjoui de revoir Lukaku jouer et marquer, mais selon lui, ces vingt minutes ont surtout prouvé que le buteur aura grandement besoin du mois de juin pour se régler. Pour autant, Vanhaezebrouck ne dit pas qu’il faut laisser Lukaku sur le banc jusqu’aux matchs à élimination directe : « Il ne sera prêt qu'en enchaînant les minutes et en travaillant dur », a-t-il précisé plus tard dans Het Nieuwsblad.
Vanhaezebrouck estime que lui accorder une demi-heure face à l'Iran et quarante minutes contre la Nouvelle-Zélande pour ensuite le titulariser brusquement au tour suivant est une mauvaise idée. Si la Belgique négocie bien ses deux premières rencontres, il n'hésiterait pas à titulariser Lukaku contre la Nouvelle-Zélande. « Pourquoi ne pas lui donner 70 minutes ? », s'est-il interrogé. Selon lui, c'est la meilleure méthode pour que Lukaku monte en puissance sans avoir l'obligation d'être un titulaire indiscutable dès le début de la phase à élimination directe.
Garcia veut préserver Lukaku d'une rechute. Vanden Borre voit un attaquant en mode "quitte ou double". Vanhaezebrouck prévient qu'un excès de prudence peut s'avérer tout aussi risqué. Sans temps de jeu, Lukaku ne sera pas prêt. Avec trop de minutes, il risque de se brûler les ailes. Le sélectionneur national va donc devoir évaluer la résistance physique de Lukaku, mais aussi jauger sa capacité à accepter d'être freiné mentalement. Car si Lukaku se dit aujourd’hui patient et réaliste, tout son entourage s'accorde à dire qu'il brûle d'envie de marquer ce Mondial de son empreinte.