Dodi Lukebakio a pratiquement tout réussi aux États-Unis. Trois buts en deux matchs, décisif aux moments où la Belgique en avait besoin, et pourtant, son avènement définitif chez les Diables Rouges ne semble pas encore acquis. Car en coulisses, Rudi Garcia accorderait toujours sa préférence à un autre international.
Lukebakio a fait tout ce qu'un prétendant à une place de titulaire pouvait espérer. Auteur d'un doublé lors de la victoire 5-2 contre les États-Unis, il a ensuite sauvé une Belgique laborieuse face au Mexique (1-1) à Chicago grâce à une superbe égalisation. Sportivement, il est le grand gagnant de ce stage américain. Pourtant, une phrase reste en suspens : Frank Raes a affirmé dans la Gazet van Antwerpen que Leandro Trossard, malgré des prestations moins abouties avec les Diables, garde une longueur d'avance.
Pour Lukebakio, ce rassemblement ne consistait pas seulement à être bon, mais à combler son retard sur la concurrence. Avant ce stage, il n'avait bénéficié que de trois brèves entrées sous Rudi Garcia : 20 minutes contre l'Ukraine, 30 contre le Pays de Galles et 19 contre le Liechtenstein. Le Soir le décrivait même comme un joueur ayant chuté dans la hiérarchie offensive à cause des blessures et de la nouvelle concurrence, tandis que Trossard, « quoi qu’on en pense, reste un joueur fiable » pour l'équipe nationale. Le fait que ce dernier soit resté à Londres pour soigner des pépins physiques n'a rien changé à cette perception de fond.
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EfficacitéPourtant, le bilan de Lukebakio est impressionnant. Contre les USA, il a été l'homme de l'efficacité dans un match où la Belgique proposait un football fluide. Contre le Mexique, il fut le seul Belge véritablement décisif, renversant le cours du match par une action individuelle. Het Nieuwsblad l'a même surnommé « Captain America », alors que Le Soir soulignait qu'il était le seul à pouvoir dire qu'il avait bousculé l'ordre établi. Lukebakio a secoué la concurrence, mais les cadres restent en place.
Si trois buts contre deux pays hôtes du Mondial ne suffisent pas à changer la donne, que faut-il de plus ? Garcia avait expliqué vouloir plusieurs buteurs pour ne pas dépendre d'un seul nom, qualifiant Lukebakio d'efficace. Un mot clé pour un ailier, mais en pratique, l'efficacité ne semble pas être le seul critère. La confiance et le statut pèsent tout aussi lourd pour Garcia. Sinon, comment expliquer que Trossard, absent, reste devant un joueur qui vient de marquer trois fois ?
L'explication est peut-être tactique. Trossard est polyvalent, capable de jouer entre les lignes et perçu comme une solution "sécurisante". Lukebakio est plus explosif, plus direct et parfois plus impitoyable, mais son profil est celui d'un spécialiste de couloir. De plus, la concurrence est vaste avec Malick Fofana, Mika Godts ou encore Johan Bakayoko. Ses trois buts font de lui un candidat sérieux, mais pas encore un titulaire indiscutable.
Duel perdu
D'autant que le stage n'a pas été sans fausse note. Si Lukebakio a égalisé contre le Mexique, il a perdu son duel sur l'ouverture du score adverse, un point souligné par La Dernière Heure. Cela montre la minceur de la marge de manœuvre : un challenger est rarement jugé sur ses seuls buts. On attend de lui qu'il soit décisif, irréprochable tactiquement et qu'il ne donne aucune munition au coach pour préférer une valeur établie. Le titulaire a droit à l'erreur ; l'outsider, non.
Garcia n'a pas dit publiquement que Lukebakio restait un second choix, mais l'atmosphère autour de l'équipe est parlante. Il n'est pas encore devenu l'alternative naturelle. La hiérarchie ne se réécrit pas en deux matchs. Lukebakio a déposé une candidature sérieuse, mais Trossard conserve son crédit. Lukebakio a brillé sur le terrain, mais il doit encore prouver que ce pic de forme n'est pas qu'un feu de paille. Il a peut-être tout bien fait en Amérique, mais la récompense se fait attendre.