Jeudi, Anderlecht s'est imposé 3-1 face à Hammarby. Une victoire que les Mauves sont allés chercher avec les tripes et le coeur. Sur la touche, l'entraîneur Vitor Bruno prouve déjà que le club s'est renforcé par rapport à la saison dernière. Le coach portugais partage quelques similitudes avec Vincent Kompany, mais nous ne ferons pas encore de lui un faiseur de miracles.
Depuis le départ de Vincent Kompany, le club s'était enlisé dans une succession de visions contradictoires sous la précédente direction. Des profils comme Felice Mazzù ou Besnik Hasi prônaient une philosophie de jeu aux antipodes de l'ADN d'Anderlecht. Brian Riemer s'en rapprochait un peu plus, sans pour autant briller par son génie tactique. Quant à David Hubert, la marche était tout simplement trop haute et la mission trop précoce dans un club secoué par de telles turbulences.
Bruno a l'ADN d'Anderlecht en lui
Inutile de s'attarder sur les grands discours sur la passion et l'énergie : ce ne sont que des formules toutes faites pour séduire les supporters. Chaque entraîneur vit le football avec passion à sa manière. Ce qui importe vraiment, c'est ce qui se passe sur le terrain. Et là, le projet a de quoi séduire : Bruno veut imposer le style de jeu inscrit dans le patrimoine d'Anderlecht, un football moderne et ambitieux.
Actuellement, Bruno teste deux schémas tactiques. La saison passée, l'équipe fonctionnait essentiellement sur sa dynamique. Résultat : le RSCA manque encore un peu de véritables « techniciens » dans ses rangs, ces joueurs capables de poser le jeu et de servir de repères, comme l'a bien montré la première mi-temps. Ce n'est pas le genre de manque qui se comble en un seul mercato.
Avec son 4-2-3-1, il veut vraiment proposer un football dominant et posé au sol. Dans ce schéma, vous êtes cependant extrêmement dépendant d'un attaquant capable de conserver le ballon et de très bons ailiers. Au milieu de terrain, la présence d'un organisateur est également indispensable. Pour l'instant, le RSCA est incapable d'articuler un tel jeu.
Il n'y a pas de véritable attaquant pivot, et il reste incompréhensible que Danylo Sikan ait été présenté comme tel en janvier dernier. « Bon dans le jeu collectif. Bonne technique », déclarait alors Olivier Renard. Nous soulignions déjà à l'époque que Sikan était surtout un joueur généreux dans l'effort, un coureur. Ce qui s'est avéré exact, tout comme : « Un bon jeu de tête et quelqu'un qui exploite très bien les espaces ».
Quiconque a vu jouer le RSCA le sait désormais : Sikan n'est pas un point d'appui. Dos au but, ses qualités sont trop limitées. Dans la surface, c'est un opportuniste, et c'est un joueur qui met énormément de pression sur les défenses adverses. Nous le répétons : Sikan marquera assurément 15 buts cette saison, mais il n'est pas la rampe de lancement de son équipe.
Ce ne serait pas un problème si, juste derrière lui, évoluait un milieu offensif technique et capable de garder le ballon. Un profil à la Hans Vanaken. Jusqu'à présent, Lukas Ambros n'a absolument pas convaincu dans ce rôle. Tout comme Yari Verschaeren auparavant, il éprouve des difficultés dans les duels. Ambros doit clairement s'adapter sur ce plan. Mais nous reviendrons plus tard sur sa meilleure position (à l'heure actuelle), où il a en revanche beaucoup séduit.
Sur les ailes, Jayden Onia Seke est une pepite en devenir, tandis que Joshua Nga Kana évolue à un poste où il ne peut pas exprimer tout son potentiel. Au cœur du jeu, Enric Llansana est surtout un joueur de devoir et de volume, et c'est Marco Kana qui doit se charger de la relance depuis l'arrière, car les défenseurs centraux ne délivrent aucune passe capable de casser les lignes. Le RSCA devrait pourtant réussir à dénicher ce genre de profil. Si Kana est verrouillé par l'adversaire, beaucoup d'équipes parviendront facilement à paralyser la construction bruxelloise. Un chantier prioritaire pour Antoine Sibierski. Qui sait, Killian Sardella pourrait-il parfois apporter une solution à ce problème en alignement central ?
Pour évoluer en 4-2-3-1, Anderlecht ne dispose pas encore des profils adéquats. Cela s'est déjà vérifié lors de la préparation et à nouveau face à Hammarby. Oliver Antman est certes arrivé et la piste d'un milieu offensif reste d'actualité, mais le RSCA manque toujours d'un véritable patron technique au cœur du jeu. Un joueur évoluant un cran plus haut, capable d'apporter de la créativité et des passes tranchantes. Ce type de profil reste toutefois particulièrement onéreux.
Les joueurs performent mieux en 4-4-2
Le 4-2-2-2 aligné après la pause convient actuellement bien mieux à cette équipe, même si des renforts demeurent nécessaires. Dans ce schéma, Sikan s'exprime beaucoup mieux lorsqu'il est épaulé par un second attaquant. Ce rôle peut être confié à Adriano Bertaccini, mais Mihajlo Cvetković reste le meilleur atout offensif du RSCA : le Serbe doit impérativement être titulaire. Dans ce carré magique, Bruno peut alors décaler un joueur comme Ambros sur l'aile droite, lui évitant ainsi le défi physique des duels dans le cœur du jeu. Il s'en est d'ailleurs parfaitement acquitté hier : décalé, le Tchèque a pu étaler toute sa qualité technique et séduire par sa prestation.
À gauche, un profil comme Tristan Degreef pourrait très bien assumer cette tâche, tout comme Joshua Nga Kana. Ce sont des joueurs qui profitent pleinement d'une telle organisation. C'est précisément dans ce système qu'Anderlecht a connu sa dernière très belle campagne sur le plan du jeu, sous la houlette de Vincent Kompany. L'équipe disposait alors avec Michael Murillo et Sergio Gómez de deux latéraux résolument portés vers l'attaque. Le RSCA possède un profil similaire avec Ilay Camara, tandis qu'Ali Maamar s'exprime lui aussi bien mieux lorsqu'il peut se projeter. De son côté, Killian Sardella, lorsqu'il évolue au poste d'arrière droit, a davantage besoin d'un ailier de débordement devant lui.
Sur le côté gauche, des renforts restent nécessaires pour faire fonctionner ce système. Moussa Ndiaye nous semble trop juste pour une équipe qui a l'ambition de jouer le titre, malgré les nombreuses opportunités qui lui ont déjà été accordées. L'arrivée d'un latéral moderne et porté vers l'offensive serait judicieuse, avec Ludwig Augustinsson comme doublure d'expérience et de confiance. L'idéal serait de conserver le Suédois une saison supplémentaire, avant de tourner la page à l'échéance de son contrat.
Au cœur du jeu, le RSCA a surtout besoin de joueurs d'impact et de volume, tout en intégrant au moins un élément doté d'une excellente qualité de passe. Nathan Saliba, Marco Kana et Enric Llansana répondent à ces exigences, tandis que Cedric Hatenboer constitue une option supplémentaire à ce poste.
Llansana a d'ailleurs livré une première mi-temps particulièrement décevante : dès qu'il doit faire le jeu, l'animation s'enraye par manque de justesse technique. En revanche, replacé dans un rôle de travailleur de l'ombre chargé d'avaler les kilomètres pour le collectif, son rendement s'est nettement amélioré après la pause. L'ajustement tactique opéré par Bruno l'a moins exposé à la relance, une décision particulièrement inspirée de la part du technicien.
Vítor Bruno est un entraîneur qui souhaite sincèrement pratiquer le football exigé par l'histoire d'Anderlecht. Il évoque régulièrement l'importance des profils et a conscience qu'il lui manque encore quelques pièces pour pouvoir alterner efficacement entre deux schémas tactiques. Ses principes ne sont pas sans rappeler ceux de Vincent Kompany, sans oublier sa volonté d'accorder sa chance aux jeunes du centre de formation.
Il reste désormais à voir quels arguments Antoine Sibierski saura mettre à la disposition de son entraîneur dans les semaines à venir. Si le coach portugais laisse une première impression très prometteuse, l'heure n'est pas encore à l'euphorie pour les supporters et les médias : le chantier demeure immense, sur le terrain comme en dehors.
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