Le Club de Bruges a décroché le titre avec Ivan Leko mais le club n'est pas tout à fait serein pour autant. Son contrat court jusqu'en 2028, mais avec Leko, les papiers ne font pas tout. La question se pose déjà : combien de temps ce feu va-t-il réellement continuer à brûler ?
Contractuellement, il ne semble pas y avoir de problème : Leko est lié au Club de Bruges jusqu'en 2028. Seulement voilà, avec le Croate, un contrat ne garantit rien. Il a déjà prouvé à plusieurs reprises au cours de sa carrière que ses ambitions personnelles passaient avant les engagements sur papier. De plus, ses passages dans les clubs sont généralement intenses, passionnés et courts, ce qui leur donne une date de péremption rapide.
Lors de son retour au Club de Bruges, le journal De Standaard le qualifiait d'« entraîneur à court terme ». Cela peut sembler dur pour un entraîneur qui vient tout juste d'être sacré champion, mais son parcours rend cette interrogation légitime. Dans toute sa carrière d'entraîneur, il n'a effectué que deux saisons complètes consécutives au Club de Bruges lors de son premier passage. Par la suite, il a enchaîné les départs et licenciements en Chine, à Al-Ain et au Dinamo Zagreb.
Son départ de l'Antwerp avait lui aussi laissé un goût amer : quelques mois seulement après son arrivée, il avait filé à Shanghai SIPG, où l'argent était bien plus attrayant. « Cela ressemble à de l'opportunisme », avait-on fustigé à l'époque.
Un opportunisme tout aussi frappant lorsque le Club de Bruges l'a arraché en décembre à La Gantoise — un club qui l'avait pourtant accueilli à peine six mois plus tôt avec de grandes attentes. À Gand, on lui avait donné énormément de pouvoir, de confiance et même de l'influence sur le recrutement et la gestion du club. Pourtant, il est parti dès que le Club de Bruges a frappé à sa porte. Pour La Gantoise, le coup a été extrêmement dur à encaisser : Het Laatste Nieuws écrivait alors que le club était « K.-O. sur le tapis » et que le président Sam Baro tombait des nues, lui qui avait confié les clés du club à Leko et façonné l'effectif selon son système.
Leko apporte la ferveur, mais aussi de gros risques
Leko n'est pas le genre de coach à bâtir sereinement un projet sur cinq ans. Il ressemble plutôt à quelqu'un qui débarque avec un bélier : il retourne le vestiaire, sort les joueurs de leur zone de confort et va chercher des résultats par la force de l'énergie. Cela peut fonctionner à merveille, et le Club de Bruges vient d'en faire l'expérience. Mais la vraie question est : combien de temps une telle méthode reste-t-elle efficace ?
Au Club, cette approche a été vue cette saison comme un salut. L'effectif avait besoin d'un électrochoc ; la direction estimait que l'équipe manquait de hargne sous Nicky Hayen. Leko devait apporter exactement cela. Lors de sa nomination, le consultant de Sporza Peter Vandenbempt l'avait résumé ainsi : « Si vous avez besoin de quelqu'un pour mettre de la vie dans la maison, c'est d'Ivan Leko dont vous avez besoin. »
Leko vit de tension, d'énergie et de confrontation. C'est un entraîneur qui pousse tout au millimètre, teste ses joueurs et met une pression constante. Sur de courtes périodes, cela peut faire franchir un cap à une équipe. Mais sur toute une saison, avec les joutes européennes, les blessures, les transferts, les déceptions et les egos, cela peut aussi générer de fortes frictions.
Certains joueurs en ont déjà fait les frais : Raphael Onyedika et Félix Lemaréchal ont glissé au second plan, tandis que Mamadou Diakhon a été sorti avant même la mi-temps après une entrée dramatique contre Saint-Trond. Leko déclarait après coup : « Je ne veux pas tuer le joueur, mais moi, je veux gagner. »
Enfin du long terme ?
Pour Leko, la victoire prime et tout doit s'y plier. Mais créer une onde de choc est une chose, s'inscrire dans un cycle long en est une autre. De plus, Leko n'est pas du genre à se soumettre docilement : il reste accroché à sa vision et rame à contre-courant s'il le juge nécessaire. Cela aussi avait été soulevé dès sa nomination : parviendrait-il à rester sur la même longueur d'onde que la direction sportive actuelle ? Tant qu'on gagne, le problème ne se pose pas.
Leko a décroché le titre et a donc gagné du crédit. Mais la question de sa « date de péremption » redevient un sujet central. Le Croate va-t-il enfin entamer un cycle long, ou le compte à rebours a-t-il déjà commencé pour son second passage chez les « Blauw-Zwart » ?
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