Jérémy Taravel pourra terminer la saison en tant que T1 du RSC Anderlecht, mais l'identité du successeur d'Olivier Renard reste un point d'interrogation. Quoi qu'il en soit, une tâche ingrate attend le nouveau patron sportif au Lotto Park, où le chantier reste immense. Le renforcement de l'attaque vient d'ailleurs s'ajouter à une liste de courses qui ne cesse de s'allonger.
Après la période de disette sous Besnik Hasi, les Bruxellois semblaient avoir retrouvé le chemin des filets depuis l'arrivée de Taravel, mais contre le KV Malines, ils sont restés muets. L'efficacité exceptionnelle des dernières semaines, où presque chaque occasion finissait au fond, était impossible à tenir sur la durée. Avec un peu plus de réalisme derrière les Casernes, un match nul était pourtant largement à portée de main.
Dès lors, les Mauve et Blanc — qui conservent une infime (mal)chance de sortir du top 6 — auraient déjà pu valider leur ticket pour les Champions' Play-offs. Au lieu de cela, il faudra encore batailler contre le Cercle de Bruges, une mission à domicile qui semble réalisable. Et ce, même sans Nathan Saliba et Adriano Bertaccini, tous deux suspendus. Le milieu de terrain manquera d'ailleurs l'ouverture des PO après avoir reçu sa dixième carte jaune à Malines.
Bertaccini super-sub
Bertaccini, de son côté, a vécu une montée au jeu à oublier au plus vite. L'attaquant, relégué au rang de "supersub" par Taravel, avait trente minutes pour s'illustrer après son but libérateur contre OHL. Il l'a fait, mais de la mauvaise manière. Après un avertissement inutile, il a gaspillé une occasion en or en contre-attaque. Dans sa hâte de se racheter, il a fini par "disjoncter".
D'une poussée dans le dos sur Myron van Brederode, il a coupé la contre-attaque malinoise, entraînant une exclusion logique. Pour ne rien arranger, le coup franc qui a suivi a scellé la défaite. Bertaccini est le bouc émissaire tout désigné, même si Taravel a refusé de l'accabler publiquement : « Cela peut arriver à tout le monde. Mais il sait lui-même que cela n'aurait pas dû arriver », a-t-il tempéré. La coupe est-elle pleine pour autant ?
Lorsqu'il était titulaire, le bouillant attaquant n'avait pas non plus marqué des points en manifestant son mécontentement à chaque remplacement. On dit pourtant qu'il n'hésite pas à s'excuser ensuite, et son engagement, même comme remplaçant, est irréprochable. Pourtant, Anderlecht espérait beaucoup plus en déboursant environ cinq millions d'euros l'été dernier pour arracher le co-meilleur buteur de Saint-Trond.
Loin des 21 buts de la saison dernière
Un prix qu'il n'a pas encore justifié : avec 6 buts et 5 passes décisives en 32 apparitions toutes compétitions confondues, Bertaccini ne répond pas aux attentes. Ni aux siennes, lui qui espérait égaler son total de 21 buts de la saison dernière. Devoir se contenter d'une place sur le banc plus souvent qu'à son tour ne faisait pas non plus partie de ses plans en signant à Neerpede.
En championnat, Bertaccini n'a débuté que 13 fois. Certes, les circonstances ont joué : une déchirure du ménisque lui a fait manquer six matchs en début de campagne, cassant son rythme. Buteur peu après son retour contre Malines, son canon est ensuite resté muet pendant quatre mois, entre la 13e et la 27e journée. Un comble pour un joueur qui vit du but.
Cette crise de forme a coûté cher à Hasi, qui a fini par payer le manque de réalisme offensif, généralisé à toute l'équipe. Si Taravel a relancé Thorgan Hazard, l'équipe manque cruellement de créativité et de finesse technique depuis le départ de Nilson Angulo. Dans le top 6 actuel, seul Malines a marqué moins que les 41 buts inscrits par Anderlecht en 29 matchs.
Pas de pivot
Bien sûr, tout n'est pas de la faute de Bertaccini, incapable de porter seul le poids de l'attaque. Il devait initialement tourner autour d'un point d'appui, mais Luis Vazquez n'a pas su faire oublier Kasper Dolberg. Faute d'ailiers, Hasi l'a fait évoluer sur le flanc pour soutenir Mihajlo Cvetkovic qui, après 12 titularisations, n'affiche comme Bertaccini que quatre buts en championnat.
Vazquez a été prêté à Getafe en janvier, tandis qu'Hasi s'est vu imposer Danylo Sikan — une recrue qui aurait dû arriver six mois plus tôt. Cela illustre le chaos administratif chez le recordman de titres. Entre-temps, l'Ukrainien, actuellement à l'infirmerie, ne semble pas entrer dans les plans de Taravel. Ses quatre millions d'euros ressemblent déjà à de l'argent jeté par les fenêtres.
Pour Cvetkovic et Vazquez, environ huit millions avaient également été dépensés. Au total, Anderlecht a claqué 17 millions ces dernières années pour des attaquants qui, l'un après l'autre, déçoivent. Sportivement et financièrement, Dolberg est le seul à avoir offert le rendement escompté. À moins d'un retour prématuré de Romelu Lukaku, le futur directeur technique devra avoir un meilleur nez.
Vazquez réussit en Espagne
Malgré les incertitudes autour de Hazard et consorts, sa liste de postes à pourvoir comprend impérativement un leader d'attaque. Si Vazquez se débrouille bien en Espagne, même si son option n'est pas levée, il n'a aucun avenir au Lotto Park. Cette fois, il faudra une solution permanente, tout comme pour les nombreux indésirables du noyau B ou les joueurs prêtés.
Avec de nombreux autres postes à renforcer — du gardien à la défense, en passant par le milieu et les flancs — reste à savoir quel budget sera alloué au futur attaquant. Son prédécesseur a renfloué les caisses avec Angulo et Simic, mais aujourd'hui, Nathan De Cat semble être le seul capable de financer ce énième grand chambardement.
LIRE AUSSI: Anderlecht: 3 joueurs sacrifiés par Jérémy Taravel